Face à des étés de plus en plus marqués par des épisodes de sècheresse, sécuriser la production fourragère devient un enjeu majeur pour les éleveurs. L’association dactyle – luzerne apparaît comme une solution intéressante : elle combine deux espèces fourragères résistantes au sec, productives et riches en protéines. Cet article présente les principaux atouts de l’association dactyle–luzerne, ses limites ainsi que les points clés pour réussir son implantation et son exploitation.
Deux espèces intéressantes individuellement
Le dactyle
Ses points forts :
- Non remontant
- Forte productivité et bonne pousse estivale même en conditions de sècheresse. Son système radiculaire très puissant va chercher l’humidité en profondeur et profite des moindres pluies d’orage
- Bonne valeur alimentaire (pâturé : entre 0,80 et 0,98 UFL/kg de MS, entre 144 et 245 g/kg MS de MAT selon le cycle de pousse et le stade). C’est la graminée fourragère la plus riche en protéines et, récolté avant épiaison, il est même plus riche en protéines que certaines légumineuses.
- Résiste bien au froid
- Très pérenne
- Souple d’exploitation : fauche et pâturage possibles
Ses principales limites :
- Implantation lente
- Montée rapide de l’épi : pâturage difficile au 1er cycle
- Sensible aux excès d’eau
La luzerne
Ses points forts :
- Production importante de fourrages (jusqu’à 15 t MS/ha)
- Riche en protéines et en fibres (178 g/kg MS de MAT en vert au 1er cycle)
- Résistante à la sècheresse grâce à un enracinement profond
- Idéale en tête de rotation : élimine les chardons (effet allélopathique), enrichit le sol en azote grâce à ses nodosités
- Décompacte le sol grâce à sa racine pivotante qui peut descendre jusqu’à 4 m de profondeur
- Ne nécessite pas d’engrais azotés
- Fonction épuratrice des eaux et protection vis-à-vis de la pollution aux nitrates
- Pérennité intéressante (jusqu’à 5 ans)
Ses principales limites :
- Inadaptée aux sols hydromorphes, froids ou acides
- Exploitation délicate : le fanage peut amener des pertes de feuilles et risque de météorisation au pâturage
- Exportation importante de calcium qui implique un chaulage régulier
- Valeur énergétique faible en pur (pâturée : 0,73 UFL/kg de MS en vert au 1er cycle)
Dactyle et luzerne : deux espèces complémentaires et efficaces en association
Une bonne répartition de la production sur l’année
Le dactyle démarre précocement au printemps, alors que la luzerne a une pousse plus tardive. Le dactyle sera donc plus présent dans le mélange lors du 1er cycle puis les espèces pousseront de façon égale. En été, les deux espèces sont résistantes au sec et contribueront à maintenir la production.
Un fourrage riche et équilibré
Le dactyle est riche en énergie et en protéines, tandis que la luzerne est riche en protéines. L’association des 2 espèces fournit donc un fourrage avec une bonne valeur alimentaire. Récolté à un stade jeune, ce mélange peut apporter une solution aux éleveurs qui souhaitent améliorer leur autonomie protéique.
Il faut toutefois garder à l’esprit que la teneur en MAT du mélange n’est pas constante : elle dépend du taux de légumineuses qui évolue d’une année à l’autre et au cours de l’année.
Une meilleure conservation du fourrage
L’ensilage de luzerne pure est délicat et nécessite l’apport d’un conservateur. L’association avec une graminée permet de se soustraire à cette contrainte.
En foin, la présence de la graminée permet de limiter la perte des feuilles de luzerne, qui contiennent 70 % des protéines, cassées lors des manipulations.
Une baisse du salissement
L’association permet d’obtenir une meilleure couverture du sol, et ainsi limiter le développement des adventices.
Une concurrence limitée à l’implantation
Les 2 espèces sont compliquées en association car relativement lentes à l’implantation et donc concurrencées par des espèces plus rapides. Dans leur association, cette caractéristique est moins problématique, puisque le dactyle et la luzerne sont tous deux lents à l’implantation.
Un risque de météorisation au pâturage limité
La présence de dactyle apporte de la fibre et ralentit la fermentation dans le rumen et diminue le risque de météorisation au pâturage, sans l’éliminer. Voir paragraphe « Les clés d’une bonne exploitation en pâturage ».
Les limites de cette association
La luzerne n’est pas pérenne et finira par disparaître au bout de 4 à 5 ans, tandis que le dactyle est une graminée pérenne. L’association doit donc être raisonnée comme une culture sur 4 à 5 ans puis la surface peut soit être réintégrée dans la rotation et bénéficiera d’un excellent précédent, renouvelée en prairie, conservée en dactyle pure, ou sursemée avec une autre légumineuse comme le trèfle violet ou blanc.
La réussite de l’implantation est parfois délicate, mais une fois installée la prairie se montre très résiliente et produit même les années difficiles.
Réussir son implantation
Choix de la dose de semis
L’objectif est d’obtenir une proportion suffisamment importante de luzerne dans le couvert, idéalement au moins 40 %, voire autour de 50 %, afin de bénéficier pleinement de son intérêt protéique. En tenant compte du poids des graines, PMG de 2 g pour la luzerne et de 0,9 g pour le dactyle, pour avoir un mélange à 50 % de luzerne il faut semer un mélange à 30 % de dactyle et 70 % de luzerne en poids.
Des essais menés à la station expérimentale de Mauron ont conclu qu’une dose de semis à 4 kg de dactyle et 22 kg de luzerne, soit à 40 % de luzerne dans le mélange, fournit la meilleure chance d’obtenir un bon taux de luzerne dès la première année et améliore le rendement.
Choix variétal du dactyle
Il est préférable de privilégier des variétés tardives à très tardives, afin de limiter les décalages de développement entre les deux espèces et de conserver une meilleure qualité du fourrage.
Période de semis
Deux périodes sont envisageables :
- au printemps avant le 15 mai ;
- en fin d’été mais avant le 1er septembre. Les plantes doivent avoir atteint un stade de développement suffisant avant l’hiver.
Préparation du sol
Il faut rechercher un lit de semence fin et rappuyé.
La fertilisation azotée peut être fortement limitée grâce à la luzerne. Certains réalisent un unique apport au printemps et d’autres ne réalisent aucun apport. La fertilisation azotée favorise le dactyle au détriment de la luzerne.
Les clés d’une bonne exploitation en pâturage
Le principal risque est la météorisation causée par la part importante de luzerne.
La météorisation est causée par la trop grande consommation de jeunes pousses riches en saponine qui se comporte comme un agent moussant qui emprisonne les gaz du rumen. Les gaz ne peuvent alors plus être évacués normalement par éructation. C’est ce qui est à la base du phénomène de météorisation. Les risques sont similaires si la plante est en regain de croissance en raison d’un redoux ou quelques jours après la pluie. Le risque est donc particulièrement présent au printemps ou à l’automne.
Pour limiter ce risque :
- Distribuer de petites surfaces à pâturer
- Privilégier une gestion au fil pour éviter le pâturage des jeunes repousses
- Limiter le temps de pâturage par jour
- Accoutumer les animaux en augmentant progressivement la durée de pâturage
- Rentrer sur la parcelle après au moins 6 semaines de repousse, au stade floraison (3/4 des tiges avec au moins une fleur). Une fois la luzerne en floraison, le risque de météorisation diminue fortement
- Ajouter de l’huile alimentaire dans la ration ou les bacs à eau, ce qui limite la formation de mousse. Comptez 50 ml d’huile par bovin adulte et 10 à 12 ml pour un ovin/caprin.
- Apporter un fourrage fibreux avant ou pendant la mise à l’herbe pour limiter la consommation de luzerne et ralentir la fermentation dans le rumen
- Éviter les conditions humides comme la pluie ou la rosée.
Réussir l’exploitation en fauche
L’association dactyle–luzerne se prête également très bien à la fauche.
Une hauteur de coupe à 7-8 cm est préférable. Les graminées accumulent leurs réserves dans le bas des tiges et pour les luzernes, les bourgeons sont situés sur le collet au-dessus du sol. Faucher à 8 cm préserve la base des plantes et leur assure une meilleure longévité, et une repousse plus rapide.
La première coupe doit se faire au stade début épiaison du dactyle, vers la mi-mai. Les repousses seront essentiellement feuillues. En fonction de la météo, les coupes suivantes peuvent être réalisées tous les 40 jours, ce qui correspond au cycle de la luzerne. Il faut laisser fleurir au moins une fois la luzerne par an.








